Danger de rechute
Pourquoi un fumeur qui a cessé de fumer depuis dix ans éprouve-t-il un jour le besoin irrépressible de recommencer ? Pourquoi un alcoolique « guéri » rechute-t-il ? Le contexte qui ravive le plaisir associé à la drogue est déterminant.
Florence Noble
"Dans la cigarette, c'est le geste qui me plaît le plus. Le fait d'ouvrir le paquet, de prendre la cigarette, de jouer avec elle, de faire crépiter la flamme, tout ce jeu de mains et de bouche… Je me demande si la nicotine est aussi importante. Il serait beaucoup plus difficile de me débarrasser de ces petites habitudes que du plaisir brut procuré par la substance." Cette personne résume les propos de nombreux fumeurs. Comment peut-on être dépendant d'un geste, et quels liens subtils unissent, dans l'esprit, le plaisir de la substance et ces petits rituels qui en deviennent presque synonymes ? Il n'est pas rare de constater l'impact du contexte sur un besoin de substance hédonique. Peut-être connaissez-vous quelqu'un qui ne boit pas une goutte d'alcool en privé, mais qui se livre à des excès en soirée, entre amis ?
Comment peut-on expliquer le rôle de ces éléments déclencheurs qui semblent activer une machine cérébrale déclenchant un comportement particulier, la recherche d'un plaisir, la consommation d'une substance, et qui semble priver la personne soumise à des pulsions de toute liberté ? Nous examinerons comment un signal, contextuel ou environnemental, mettant en jeu la vue ou l'odorat peut réveiller un mécanisme neuronal qui pousse l'individu à une consommation irrépressible, et ce malgré la connaissance des conséquences négatives que cette consommation peut avoir sur lui et sur son entourage. Ce mécanisme de rappel est la cause de nombreuses rechutes : alors qu'une personne croyait s'être affranchie de l'emprise de la drogue, elle rechute lorsqu'elle est dans un contexte qui réveille le plaisir qu'elle a éprouvé en consommant cette drogue, en fumant ou en buvant.